Technicien en gilet haute visibilité inspectant des séparateurs de voies GBA sur une route urbaine
Publié le 5 avril 2026

Quand Marc m’a appelé la semaine dernière, il était dans une situation que je connais trop bien. Son événement sportif à Saint-Denis démarrait dans 72 heures, et la préfecture venait de refuser son dossier d’autorisation pour les 200 mètres de GBA prévus. Motif : plan d’implantation incomplet et absence d’attestation d’homologation. Trois semaines de préparation réduites à néant par deux documents manquants.

Cette mésaventure illustre une réalité que je constate sur le terrain depuis des années : la réglementation des séparateurs de voies est un mille-feuille administratif où chaque couche peut bloquer votre chantier. IISR, Code de la route, normes NF EN 1317, arrêtés municipaux… Le bilan définitif 2024 de l’ONISR rappelle l’enjeu : 3 193 personnes décédées sur les routes françaises. Chaque installation non conforme représente un risque pour les usagers et une responsabilité juridique pour vous.

L’essentiel de la réglementation en 4 points :

  • La 8e partie de l’IISR encadre toute signalisation temporaire, y compris les séparateurs de voies
  • Les dispositifs de retenue (GBA, atténuateurs) doivent porter le marquage CE selon la norme NF EN 1317
  • L’autorisation relève du maire (voie communale), du président du département ou du préfet selon le gestionnaire
  • Comptez 15 à 30 jours entre la demande complète et l’arrêté signé

Ce guide vous donne les clés pour naviguer dans ce cadre réglementaire sans perdre de temps ni risquer de sanctions. Je me concentre sur les cas les plus fréquents : chantiers BTP, événements ponctuels, aménagements temporaires. Les installations permanentes sur autoroutes concédées relèvent d’une procédure spécifique que je n’aborde pas ici.

Vous trouverez dans cet article les textes applicables, les obligations d’homologation par type d’équipement, et surtout les erreurs qui bloquent systématiquement les dossiers.

IISR et Code de la route : les textes qui régissent vos installations

Soyons clairs dès le départ : deux textes fondateurs encadrent toute installation de séparateurs sur la voie publique. L’arrêté du 24 novembre 1967 portant instruction interministérielle sur la signalisation routière (IISR), et le Code de la route. Le premier définit les règles techniques, le second fixe les pouvoirs de police et les sanctions.

Balise K16 conforme aux exigences de rétroréflexion de l’IISR



La 8e partie de l’IISR traite spécifiquement de la signalisation temporaire. C’est votre bible. Elle définit les catégories de signaux (approche, position, fin de prescription), les distances d’implantation, les règles de visibilité. L’arrêté du 4 septembre 2025 sur Légifrance constitue la dernière modification majeure de ce texte, avec des précisions sur les flèches lumineuses et la neutralisation des voies.

Ce que dit le Code de la route : Les articles R. 411-25 à R. 411-28 définissent les pouvoirs de police du maire et du préfet en matière de circulation. Toute installation sur le domaine public routier nécessite une autorisation de l’autorité compétente. L’absence d’autorisation constitue une contravention.

Dans mon accompagnement de chantiers en Île-de-France, je constate que la plupart des professionnels connaissent l’existence de l’IISR sans l’avoir jamais lu. Le problème, c’est que les normes et réglementations de signalisation urbaine évoluent régulièrement. Une pratique tolérée il y a trois ans peut aujourd’hui entraîner un refus d’autorisation.

Le point crucial à retenir : l’IISR distingue la signalisation d’approche (prévenir l’usager), la signalisation de position (délimiter la zone) et la signalisation de fin de prescription (annoncer le retour à la normale). Les séparateurs physiques comme les GBA relèvent de la catégorie « dispositifs de retenue » avec des exigences renforcées d’homologation.

GBA, balises K16, blocs béton : quelle homologation pour quel équipement ?

Tous les séparateurs de voies ne se valent pas devant la réglementation. Un cône de Lübeck et une glissière béton armé n’obéissent pas aux mêmes règles. Selon les recommandations du CEREMA sur les dispositifs de retenue, un quart des décès sur route survient après un choc contre un obstacle. L’homologation n’est pas une formalité administrative : c’est une garantie de performance en cas d’impact.

Voici le récapitulatif des obligations par type d’équipement. Chaque catégorie répond à des normes distinctes avec des niveaux d’exigence différents.

GBA, K16, blocs béton : obligations par équipement
Type d’équipement Norme applicable Homologation requise Usage autorisé Restrictions
GBA / Glissière béton armé NF EN 1317 Marquage CE obligatoire Retenue véhicules Classe de performance selon vitesse autorisée
Balises K16 IISR 8e partie Certification rétroréflexion Signalisation de position Hauteur minimale 1 m
Cônes de Lübeck NF EN 13422 Marquage CE Balisage temporaire Pas de fonction de retenue
Blocs béton non certifiés Aucune Non homologués Lestage uniquement Interdits comme dispositif de retenue

Glissières béton armé (GBA) : la norme NF EN 1317 en pratique

Les GBA constituent des dispositifs de retenue routiers au sens de l’arrêté du 2 mars 2009. À ce titre, elles doivent porter le marquage CE et répondre aux performances définies par la norme européenne NF EN 1317. Cette norme classe les dispositifs selon leur niveau de retenue (N1, N2, H1, H2…), leur déflexion dynamique et leur indice de sévérité de choc.

Concrètement, vous devez vérifier trois éléments avant toute installation : la déclaration de performance du fabricant, le certificat de conformité CE, et l’adéquation entre la classe de performance et la vitesse autorisée sur la voie. Un dispositif N2 convient pour une route à 90 km/h, mais pas pour une section à 110 km/h où un H1 minimum est requis.

Pour vous équiper en séparateurs de voies publique conformes aux exigences réglementaires, privilégiez les fournisseurs capables de vous transmettre l’ensemble de la documentation technique. Sans ces documents, votre dossier d’autorisation sera incomplet.

Balises K16 et cônes : les exigences de rétroréflexion

Les balises de type K16 relèvent de la signalisation de position, pas de la retenue. L’IISR impose des dimensions minimales (1 mètre de hauteur pour les K16) et des performances de rétroréflexion pour garantir la visibilité nocturne. Les bandes alternées rouge et blanc doivent respecter un coefficient de rétroréflexion mesuré selon la norme NF EN 12899.

L’erreur classique que je vois sur les chantiers : utiliser des balises décolorées ou dont le film rétroréfléchissant est dégradé. Ces équipements ne remplissent plus leur fonction réglementaire et peuvent justifier un procès-verbal lors d’un contrôle de la DIRIF ou des services techniques municipaux.

Blocs béton type Lego : attention aux équipements non homologués

Les blocs béton modulaires type « Lego » posent un problème récurrent. Ces équipements sont parfaits pour le lestage de clôtures ou la délimitation visuelle, mais ils ne sont pas homologués comme dispositifs de retenue. En cas de choc véhiculaire, leur comportement est imprévisible.

Blocs non homologués : les risques encourus

Utiliser des blocs béton non certifiés comme barrière de sécurité vous expose à trois risques majeurs : refus d’autorisation si l’administration détecte l’anomalie, mise en cause de votre responsabilité pénale en cas d’accident, et obligation de remplacement aux frais du donneur d’ordre. En pratique, les assureurs refusent systématiquement de couvrir les sinistres impliquant des équipements non homologués.

Ma recommandation : réservez les blocs béton non certifiés aux usages de lestage (pieds de barrières, maintien de clôtures) et utilisez des GBA homologuées pour toute fonction de séparation ou de retenue.

Obtenir l’autorisation : qui contacter et quels délais prévoir ?

Vérification du plan d’implantation avant soumission du dossier d’autorisation



J’ai reçu Marc en urgence pour sauver son événement à Saint-Denis. Son erreur principale : il avait demandé un arrêté de circulation temporaire sans déposer de demande d’autorisation de voirie. Ce sont deux démarches distinctes auprès d’interlocuteurs parfois différents.

Le gestionnaire de voirie compétent dépend du type de route concernée. Pour une voie communale, c’est le maire. Pour une route départementale, le président du conseil départemental. Pour une route nationale, le préfet ou la DIRIF en Île-de-France. Cette répartition découle des articles R. 411-25 et suivants du Code de la route. Pour la mise en place des barrières de police, des règles spécifiques s’ajoutent selon le contexte événementiel.


  • Dépôt du dossier complet (plan d’implantation coté, attestations homologation)

  • Instruction administrative, consultation services techniques

  • Retour éventuel pour compléments ou modifications

  • Signature de l’arrêté par l’autorité compétente

  • Livraison des équipements sur site

  • Installation et mise en service

Sur les projets que j’ai accompagnés en région parisienne, le délai type entre la demande initiale et l’installation effective tourne autour de 30 jours. Ce calendrier peut se compresser à 15 jours pour les urgences avérées, ou s’allonger à 45 jours en période estivale quand les services techniques fonctionnent en effectif réduit. Ce constat est limité à mon périmètre d’intervention et peut varier selon les pratiques de chaque administration.

Votre dossier est-il complet ? 8 pièces à vérifier


  • Plan de situation (échelle 1/25000 ou 1/10000)

  • Plan d’implantation coté (distances, emprises, signalisation)

  • Attestation d’homologation CE des équipements de retenue

  • Schéma de signalisation temporaire conforme à l’IISR

  • Dates et horaires précis d’occupation

  • Coordonnées du responsable de chantier

  • Attestation d’assurance responsabilité civile

  • Paiement de la redevance d’occupation (si applicable)

Le dossier de Marc manquait de deux éléments : le plan coté et l’attestation d’homologation. Après correction en urgence, la préfecture a finalement délivré l’arrêté 48 heures avant l’événement. Une situation évitable avec une meilleure anticipation.

Les 3 erreurs qui bloquent les chantiers (et comment les éviter)

Dans mon accompagnement de projets en Île-de-France, je constate régulièrement les mêmes dysfonctionnements. Pas des erreurs techniques complexes, mais des confusions administratives basiques qui coûtent des semaines de retard.

Les 3 erreurs récurrentes et leurs solutions

  1. Confondre arrêté de circulation et autorisation de voirie

    L’arrêté de circulation temporaire autorise la modification du régime de circulation (sens unique, interdiction de stationner). L’autorisation de voirie permet l’occupation physique du domaine public. Pour installer des séparateurs, vous avez besoin des deux. Déposez les deux demandes simultanément auprès du même guichet pour éviter les allers-retours.

  2. Omettre les attestations d’homologation

    Les services instructeurs vérifient systématiquement la conformité des équipements. Un plan d’implantation parfait sera refusé si vous ne joignez pas les certificats CE des GBA ou des balises. Demandez ces documents à votre fournisseur avant de constituer le dossier, pas au dernier moment.

  3. Sous-estimer les délais en période estivale

    Entre juillet et août, les services techniques municipaux et départementaux tournent au ralenti. Un dossier traité en 15 jours en mars peut prendre 5 semaines en été. Anticipez d’au moins 45 jours pour tout projet programmé entre juin et septembre.

Conseil terrain : Avant de déposer votre dossier, appelez le service voirie concerné pour confirmer la liste des pièces exigées. Chaque administration a ses habitudes. La mairie de Montreuil demande un relevé cadastral que la préfecture de Saint-Denis ne réclame pas. Cinq minutes de téléphone peuvent vous éviter un aller-retour de deux semaines.

Franchement, monter un dossier d’autorisation seul quand on ne maîtrise pas les codes de l’administration, c’est risquer de perdre trois semaines. Je recommande de passer par un professionnel qui connaît le processus et dispose d’équipements homologués avec documentation à jour. Le surcoût est largement compensé par le gain de temps et la sécurité juridique.

Vos questions sur la réglementation des séparateurs de voies

Questions fréquentes sur les autorisations de pose

Faut-il une autorisation pour poser des cônes sur la voie publique ?

Techniquement oui. Toute occupation du domaine public routier nécessite une autorisation du gestionnaire de voirie. En pratique, pour une intervention de quelques heures avec des cônes de balisage (pas de fermeture de voie), certaines mairies tolèrent une simple déclaration préalable. Pour une occupation de plusieurs jours ou toute installation modifiant la circulation, l’arrêté formel est obligatoire.

Qui est responsable en cas d’accident sur une zone de chantier ?

La responsabilité est partagée selon les rôles. Le donneur d’ordre (maître d’ouvrage) est responsable de la conformité globale de l’installation et de l’obtention des autorisations. L’entreprise installatrice est responsable de la mise en œuvre conforme au plan validé. En cas d’accident, les tribunaux examinent la chaîne des responsabilités. L’utilisation d’équipements non homologués aggrave systématiquement la responsabilité du donneur d’ordre.

Peut-on installer des séparateurs de voies pour un événement ponctuel ?

Absolument. Les événements sportifs, culturels ou festifs nécessitent fréquemment des séparations de voies temporaires. La procédure reste identique (demande d’autorisation + arrêté de circulation), mais les délais peuvent être raccourcis si l’événement est déclaré d’intérêt public ou si la mairie dispose d’une procédure simplifiée pour les manifestations. Prévoyez tout de même 3 semaines minimum.

Quelle est la durée de validité d’un arrêté de circulation ?

L’arrêté précise ses dates de validité. Pour un chantier, il couvre généralement la durée des travaux avec une marge de quelques jours. Pour un événement, il est calé sur les dates exactes. Si votre chantier dépasse la durée prévue, vous devez demander une prolongation avant l’expiration de l’arrêté initial. Une installation maintenue au-delà de la validité de l’arrêté constitue une infraction.

Les blocs béton Lego sont-ils autorisés sur la voie publique ?

Oui, mais uniquement pour des fonctions de lestage ou de délimitation visuelle, pas comme dispositifs de retenue. Les blocs béton modulaires non certifiés NF EN 1317 ne peuvent pas servir de barrière de sécurité entre les voies de circulation. Si vous avez besoin d’une fonction de retenue (protection contre les sorties de route ou les intrusions), utilisez des GBA homologuées.

Pour approfondir les aspects sécuritaires liés à vos installations, consultez les consignes légales et de sécurité en signalisation. Ce complément vous aidera à sécuriser l’ensemble de votre dispositif, au-delà des seuls séparateurs de voies.

Votre plan d’action immédiat

Les 5 étapes pour sécuriser votre installation


  • Identifiez le gestionnaire de voirie compétent (mairie, département, préfecture)

  • Vérifiez que vos équipements disposent du marquage CE et de la documentation associée

  • Constituez un dossier complet avec plan coté et schéma de signalisation

  • Déposez simultanément la demande d’autorisation de voirie et l’arrêté de circulation

  • Prévoyez 30 jours minimum entre le dépôt et la date d’installation

La réglementation des séparateurs de voies n’est pas insurmontable. Elle demande de l’anticipation, de la rigueur documentaire, et une bonne connaissance des interlocuteurs. Si vous manquez de temps ou de ressources internes, un accompagnement par un professionnel de la signalisation peut transformer un parcours administratif hasardeux en procédure maîtrisée.

Précisions sur l’application des textes

  • Les obligations réglementaires peuvent varier selon le gestionnaire de voirie concerné
  • Les délais d’autorisation mentionnés sont indicatifs et dépendent de chaque administration
  • La réglementation évolue régulièrement – vérifiez les textes en vigueur avant toute installation

Risques en cas de non-conformité :

  • Risque de procès-verbal en cas d’installation sans autorisation préalable
  • Mise en cause de la responsabilité pénale en cas d’accident sur zone non conforme
  • Obligation de remise en état aux frais du contrevenant

Pour toute question sur votre situation spécifique, contactez la direction des routes départementale ou le service voirie de la commune concernée.

Rédigé par Étienne Valentin, spécialiste en signalisation et sécurité routière exerçant dans le secteur depuis 2018. Basé en région parisienne, il a accompagné plus de 150 projets d'installation de dispositifs de sécurité routière pour des chantiers BTP, des événements sportifs et des aménagements urbains temporaires. Son expertise porte sur la conformité réglementaire des installations et la coordination avec les gestionnaires de voirie.